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Nord-Pas-de-Calais, France
Consultante en stratégie, formatrice, je suis membre de la Société Française de l'Evaluation et de l'Association Nationale pour le Travail Social de Groupe. Mon expertise : je transfère les compétences construites pendant 27 ans de direction générale dans le cadre de mes prestations en qualité de consultante. Je suis habilitée pour réaliser des Diagnostics Locaux d'Accompagnement, et auparavant, en qualité d'évaluateur externe par l'ANESM, pour évaluer les activités et la qualité des établissements et services visés à l'article L.312-1 du CASF. (voir les pages consacrées à ces dispositifs). Je suis également répertoriée par des têtes de réseau du secteur médico-social.

La citation du moment

"qu'il croit toujours être le maître, mais que ce soit vous qui le soyez, car il n'est de soumission plus parfaite, que celle qui ne prend l'apparence de la liberté" - Voltaire (Candide)

Intervention sociale

La richesse sociale produite

Notre richesse économique nationale ne reconnait pas l’apport économique et social des activités associatives.
La richesse doit se décliner avec d’autres qualificatifs que l’économique. Il n’existe pas qu’une seule forme de richesse. Il s’agit de mettre en avant un autre système de valeurs, de plus-values sociales et solidaires.
l faut poser la question des indicateurs de la richesse nationale et légitimer une conception plus humaine de la richesse d’une société.
L’intervention sociale produit du lien social, de la cohésion sociale, du développement humain et du développement durable qui reste invisible dans notre PIB.

L’idéologie libérale met en avant le coût pour les finances publiques des subventions accordées aux associations de l’économie sociale et solidaire.
Lorsque que l’on décline la valeur de la mission d’intérêt général rendue, que l’on déduit les recettes fiscales et sociales tirées des associations, que l’on valorise les emplois créés (et donc les indemnités chômage économisées),
ce n’est plus un coût mais un investissement dont il s’agit.
Il faut évaluer ce « retour sur investissement » et l’inclure dans le produit national.

Ainsi, les services aux entreprises et à la personne sont incorporés dans le secteur tertiaire de notre économie.
Comme l’on mesure les services marchands, il est important de mesurer la richesse sociale produite par les actions menées par le secteur de l’économie sociale et solidaire.

Cependant, il ne faut pas enfermer les associations dans de simples prestations de service.
Il est important de déterminer des indicateurs propres à cette richesse produite, l’utilité sociale, conséquence de l’activité économique des associations.

La mesure de l’utilité sociale

On peut l’appeler utilité sociale, valeur ajoutée sociale, plus-value…
Les acteurs des organisations de l’économie sociale et solidaire sont convaincus que leur action entraîne, au-delà des services individuels rendus, un bénéfice collectif à la collectivité sur leurs territoires d’intervention.
Mais la difficulté se pose lorsqu’on souhaite évaluer la production d’utilité sociale.
La première question à se poser est de déterminer la motivation à engager une telle évaluation.
Deux objectifs coexistent.
L’un est interne, il permet de revisiter le projet de l’organisation et de clarifier l’efficacité de ses actions voire de repositionner ses interventions.
L’autre est externe, et s’exerce dans un souci de clarification de l’image de son action auprès des institutionnels.
La caractéristique de cette démarche d’évaluation est qu’elle doit être participative et permettre l’appropriation de valeurs partagées par les acteurs concernés au sein de l’organisation.
Il n’existe pas de définition intrinsèque de l’utilité sociale. Déterminer le contenu concret de l’utilité sociale, objet de l’évaluation, constituera le préliminaire à débattre conjointement.
Reste à travailler sur des outils, référentiels, indicateurs ad hoc, c'est-à-dire adaptés à chaque problématique fixée, qui ne soient pas de simples tableaux de bord dont l’intérêt n’est pas vraiment perçu.
Ce qui démontre l’intérêt de se faire accompagner dans ce processus.
En conclusion, l’évaluation de l’utilité sociale permet de construire un autre modèle économique, fondé sur un autre système de valeurs sociales et solidaires et conforte les intervenants sociaux dans leur légitimité à caractériser l’utilité sociale..

Le droit des usagers

La loi du 2 janvier 2002 dite de rénovation de l’action sociale et médico-sociale pose comme 1er principe : « une meilleure reconnaissance du sujet citoyen, en définissant les droits et libertés individuels des usagers du secteur social et médico-social…puis en fournissant des outils propres à garantir l’exercice effectif de ces droits ».

Plus que de droits des usagers, notion réductrice, il faut aller plus loin et préférer la notion de participation des usagers - bénéficiaires d’une intervention sociale.

La notion d’usager  reflète souvent une vision consumériste. On parle, par exemple d’usagers des transports en commun.

L’instrumentalisation (création d’outils) des droits des usagers peut rester lettre morte si l’on ne souhaite pas réfléchir et mettre en place de nouvelles formes de participation des bénéficiaires.

Participation à la vie d’une institution mais surtout participation à l’accompagnement individuel dont il va … bénéficier.
En effet, le bénéficiaire d’une intervention sociale est à même de définir ses besoins et attentes, de participer à la détermination des mesures à prendre, de porter une appréciation sur l’accompagnement proposé par une institution…

Il faut prendre garde, cependant, de ne pas s’inscrire dans une dérive qui serait d’exiger (en vertu d’un devoir, contrepartie d’un droit), pour les personnes en grande vulnérabilité sociale, qu’elles soient capables de définir, seules, leurs besoins et de résoudre leurs problèmes.
La relation avec le ou les professionnels, au sein d’équipes pluridisciplinaires et d’institutions, reste primordiale.

Pour conclure, c’est la participation des bénéficiaires qui devrait être érigée comme un droit.

L’intervention sociale sous l’éclairage des capabilités

C’est Amartya Sen qui a introduit cette conception.
Il faut tenir compte de ce que possèdent les individus, mais aussi de leur capacité, leur liberté à utiliser leurs biens pour choisir leur propre mode de vie.
La pauvreté sera appréhendée comme la privation de capabilités élémentaires et non pas seulement une faiblesse de revenus.
Le principe d’égalité va conduire à examiner si tel individu possède les capabilités de base, les biens nécessaires quel que soit le projet de vie.

Martha Nussbaum ne va pas déterminer ce qu’est la vie bonne mais va poser les caractéristiques fondamentales d’une vie réussie.

Elle a ainsi dégagé dix capabilités :
- vie,
- santé,
- intégrité physique,
- sens-imagination-pensée,
- émotions,
- raison pratique,
- affiliation étant entendu comme les moyens de vivre avec les autres (en société) et les bases sociales pour le simple respect de soi,
- rapport aux autres espèces (prise en compte des dimensions environnementales, écologie…),
- jeu
- Contrôle de son environnement (matériel, politique).

En deçà d’un seuil de capabilités, un fonctionnement véritablement humain devient impossible.
Il est alors important de réfléchir aux conditions facilitant l’accès aux capabilités élémentaires.
Mais il faut aussi donner à chacun la possibilité de choisir les modalités d’utilisation d’une capabilité.

Ces capabilités vont aussi être l’objet d’une hiérarchisation, d’une interaction singulière.
Il faut cependant, prendre garde à ne pas tomber dans le piège de catégoriser les capabilités, au risque d’être réducteur.

Au contraire, les capabilités seront appréhendées à la lumière de chaque contexte particulier.

Laisser de côté la cohésion sociale ?

Les préoccupations liées à la cohésion sociale sont résultantes de l’époque actuelle.
La place prépondérante des marchés qui devraient assurer la répartition des ressources et des pouvoirs, l’idéologie libérale classique (réduction du rôle de l’Etat, liberté et responsabilité individuelle …) créent un climat de débat pour ceux, de plus en plus nombreux, qui craignent les coûts politiques sociaux et économiques qu’engendrerait le fait de laisser de côté la cohésion sociale et la responsabilité qui en découlerait pour les institutions des démocraties libérales.

De nombreuses études mettent l’accent sur un phénomène de « détérioration » de la cohésion sociale dont les conditions d’existence feraient défaut. Dans de nombreux pays, on perçoit qu’un grand nombre d’indicateurs virent au rouge. Certains s’interrogent sur les mesures à prendre.

La cohésion sociale écrit Judith MAXWELL* « se construit sur les valeurs partagées et un discours commun, la réduction des écarts de richesse et de revenu ». « Les gens doivent avoir l’impression qu’ils participent à une entreprise commune, qu’ils ont les mêmes défis à relever et qu’ils font partie de la même collectivité ».
Les processus sociaux qui contribuent au sentiment d’appartenance à une communauté et de reconnaissance au sein de cette communauté, fondent la cohésion sociale.

Jane JENSON* « déconstruit » (tenant ainsi compte de la diversité des déclinaisons), le concept de cohésion sociale en 5 dimensions constitutives :
- Appartenance / isolement : restauration et densification du lien social,
- Insertion / exclusion : capacité d’accéder à une activité économique (marché du travail),
- Participation / passivité : participation à la vie de la cité vie du quartier, associations, investissement dans le vivre ensemble,
- Reconnaissance / rejet : adopter une vision pluraliste des systèmes de valeur, la tolérance des différences,
- Légitimité / illégitimité : il est crucial de restaurer la légitimité d’une gamme de corps intermédiaires, d’institutions publiques et privées agissent comme médiateurs et assurent l’interconnexion entre les individus et la société.

La cohésion sociale doit se décliner à partir de la plus petite communauté locale jusqu’à la communauté nationale voir au-delà.
Mais « la cohésion sociale peut-elle être une menace à la cohésion sociale ? » s’interroge Jane JENSON. Par des phénomènes de communautarisme, notamment.

La question reste entière de déterminer ce qui stimule la cohésion sociale.
De même, les éléments de cohésion sociale à un échelon local sont-ils reproductibles, peuvent-ils s’agréger à un niveau national ?

Ambigu, ce concept peut devenir aussi un moyen de maintenir l’ordre social dans une période de perturbations économiques et/ou politiques.
Ce qui n’est pas sans rappeler la période que nous vivons actuellement en France et en Europe !


*Judith MAXWELL, directrice du Réseau canadien de recherche en politiques publiques
*Jane JENSON, titulaire de la Chaire du Canada en citoyenneté et gouvernance, directrice de la revue scientifique Lien Social et politiques