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Nord-Pas-de-Calais, France
Consultante en stratégie, formatrice, je suis membre de la Société Française de l'Evaluation et de l'Association Nationale pour le Travail Social de Groupe. Mon expertise : je transfère les compétences construites pendant 27 ans de direction générale dans le cadre de mes prestations en qualité de consultante. Je suis habilitée pour réaliser des Diagnostics Locaux d'Accompagnement, et auparavant, en qualité d'évaluateur externe par l'ANESM, pour évaluer les activités et la qualité des établissements et services visés à l'article L.312-1 du CASF. (voir les pages consacrées à ces dispositifs). Je suis également répertoriée par des têtes de réseau du secteur médico-social.

La citation du moment

"qu'il croit toujours être le maître, mais que ce soit vous qui le soyez, car il n'est de soumission plus parfaite, que celle qui ne prend l'apparence de la liberté" - Voltaire (Candide)

Pratiques participatives

"Qui parle sème, Qui écoute récolte"
Pythagore

Développer le pouvoir d’agir des intervenants sociaux et des bénéficiaires (1)

Les intervenants se heurtent aujourd’hui à deux injonctions contradictoires : « faire mieux avec moins » (RGPP) et innover … dans le cadre d’indicateurs de performance prédéterminés.
On assiste à une irruption de la rationalité économique dans le secteur social.
Mais on constate des écarts considérables entre le travail prescrit et le travail réel.

La personne bénéficiaire doit être au centre des dispositifs rappelle la loi du 2 janvier 2002.
L’usager – client devrait pouvoir choisir les prestations qui lui sont nécessaires. Mais quelle place, laisse-t-on dans ce choix, aux besoins liés à la complexité de la situation de la personne ?
Certes, nombreuses sont les structures qui mettent en place des procédures certifiées et normes qualité : ISO, AFNOR, Qualibat…
Finalement, ce calibrage laisse peu de place aux prises d’initiatives et idées novatrices.

Quelles solutions ?

Créer un espace de liberté, de créativité où les intervenants sociaux pourront mesurer l’écart entre les pratiques recommandées et les pratiques concrètes.
C’est au sein de cet espace que pourrait se développer une réflexion sur des pratiques novatrices basées sur l’expérience de l’intervenant accomplissant un travail de proximité.
Autant dire que l’on est très loin de normes standardisées et uniformisées.

La participation des bénéficiaires légitime l’intervention sociale

Personne ne viendrait aujourd’hui contester ce principe.
Le droit à une mesure d’insertion implique forcément, en contrepartie, une responsabilité individuelle du bénéficiaire. Il est nécessaire de vérifier sa capacité à agir et de se prendre en charge.
Auparavant, les intervenants sociaux constataient que l’accès aux droits fondamentaux engendrait pour l’individu une participation accrue dans la sphère publique. Mais, à présent, ne constate-t-on pas plutôt, que la participation des usagers est devenue un devoir, une obligation juridique et morale. A l’usager-client, d’être capable de définir ses besoins et de résoudre ses problèmes.

Dans ce cadre, les récents propos d’Antoine Durrleman* dans son article « quelle après crise ? », prennent tout leur sens, « comment ne pas ériger la précarité en système de régulation sociale ? » « Comment ne pas renvoyer l’individu à sa solitude ? » « Comment empêcher qu’une personne ne soit jugée par principe responsable de ses échecs ? ». Il ajoute : « il faut refonder notre pacte social et … le recentrer sur ceux qui sont les plus fragilisés. »

Il est d’autant plus difficile à l’individu en situation de vulnérabilité, de s’impliquer, de participer, qu’on ne lui accorde pas une certaine reconnaissance dans sa vie quotidienne.
En conclusion, la participation devrait être posée, en préalable et dans toute action, comme un droit et non comme une obligation procédurale.

*Antoine Durrleman, ancien conseiller social d’Alain Juppé, 1er ministre (95-97),
Ancien directeur de l’Ecole nationale d’administration.

Développer le pouvoir d’agir (DPA) des intervenants sociaux et des bénéficiaires (2)

Il s’agit d’ « un processus, d’un mécanisme par lequel les personnes, les organisations et les collectivités développent un contrôle sur ce qui est important pour elles. Par conséquent, ce processus prendra différentes formes selon les personnes, les organisations ou les contextes » (Rappaport 1987).

Ce mécanisme s’appuie sur 4 points qui le structurent : le développement d’habiletés, l’augmentation du sentiment d’efficacité personnelle, le développement d’une conscience critique et la valorisation d’une expérience construite dans une démarche d’action collective.

L’approche par le DPA est fondée sur 5 règles :
- Tout d’abord, il faut appréhender simultanément les dimensions personnelles et structurelles en n’opposant plus revendication des droits et satisfaction des besoins.
- Il est nécessaire de mettre en avant les connaissances expérientielles des personnes et des intervenants afin d’analyser la situation et de déterminer le plan d’action.
- La relation d’accompagnement doit être basée sur la collaboration entre l’intervenant et le bénéficiaire.
- Ensuite, la conscience critique des personnes accompagnées et des intervenants permettra une meilleure approche des obstacles et de la façon de les surmonter.
- La démarche centrée sur le DPA nécessite un nouvel angle de vue qui impose de tenir compte des contextes dans lesquels se déroulent les interventions.

Ce processus exige de donner aux intervenants un temps et un espace où analyser leurs pratiques professionnelles en s’affranchissant des injonctions paradoxales qui sont les leurs (réduction des financements, charge de travail plus importante, contrôle des institutions publiques…). Il suppose de travailler à des outils d’analyse pour accompagner le développement de ce savoir expérientiel (formations initiales, supervision).

*d’après Manon Chamberland, Yann Le Bossé, Annie Cayouette, Suzie Martineau – Université Laval Québec

La fragilité, comme levier de l’intervention sociale

De nombreuses collectivités territoriales ont la volonté de reconnaître la capacité des personnes défavorisées à être associées à la vie de la cité. Elles se heurtent souvent au refus des personnes elles-mêmes qui ne se sentent pas capables de prendre la parole en public craignant d’être ridicules.
Les individus les plus fragilisés ont tendance souvent à se replier sur eux ou à vivre « entre eux » dans un monde « à part ».
Ils ont besoin de reconnaissance. Et, toute politique sociale devrait commencer par les reconnaître dans leur contexte social, culturel, dans leur fragilité.

Pour dépasser cette vulnérabilité, les individus ont besoin non seulement de reconnaissance mais aussi d’être accompagné.
L’intervenant social doit tout à la fois, être conscient de ses propres fragilités et ne pas les projeter sur l’autre afin de conserver la « bonne distance » dans son accompagnement.
Il faut rejeter l’idée que l’individu fragilisé est responsable de sa situation, en l’extrayant de son contexte social, situation qu’en réalité, il n’a pas choisie. Lui permettre et nous permettre d’avoir un regard critique sur les valeurs, les principes reçus,

Métamorphoser cette fragilité en force, qui va engendrer la capacité à agir ensemble. (conception de Hannah ARENDT).
On peut alors « développer le pouvoir d’agir » (DPA).

« Passer par le détour des plus fragiles, c’est aussi gagner en efficacité »

D’après les articles de Fred Poché : « Pauvreté, fragilité sociale et action politique » CERAS Revue projet mai 2004 et ASH « il faut réhabiliter la dimension sociale et politique de la fragilité » février 2011 n° 2698.

Comment favoriser la participation des personnes vulnérables ?

Le concept d’empowerment est un processus par lequel les personnes développent les conditions leur permettant d’agir sur des dimensions qu'elles jugent importantes dans leur vie (Rappaport 1987).
Une personne fragilisée n’est plus en mesure de croire en sa propre capacité (sentiment de capabilité).
Les intervenants sociaux doivent donc être des facilitateurs de ce processus (aider à la capacitation).

Il demande la conjonction des éléments suivants :
- Une perception de l’interdépendance des éléments, à la fois, contextuels et individuels au regard de la problématique rencontrée, particulière à chaque personne (rappelons que le bénéficiaire ne peut être tenu pour seul responsable de la situation qu'il vit),
- La prise en compte de son point de vue et de son accord sur le changement à opérer,
- L’optimisation des moyens et des conditions à mettre en œuvre pour y parvenir,
- La réalisation du plan d’actions,
- Un bilan des résultats obtenus à la lumière des nouvelles conditions à créer. Ce qui va engendrer :
- L’émergence d’une nouvelle confiance en soi pour le bénéficiaire qui doit l’entraîner de nouveau dans l’action.

Le Développement du Pouvoir d’Agir (DPA) ne peut être qu’un processus

Le processus d’empowerment ou DPA comporte 4 composantes :
- l’estime de soi
- la compétence technique
- la participation
- la conscience critique.

Ces 4 composantes semblent jouer un rôle précis et sont constamment en interaction.
W. NINACS (1995) reprend « l’image d’un câble confectionné de 4 cordes où chacune renforce les autres tout en se trouvant elle-même renforcée »
L’absence d’une des composantes pourrait même réduire les effets de la procédure d’empowerment dans une action.

Le DPA se construit sur plusieurs plans : personnel, interpersonnel, collectif et politique.
D’autre part, certaines stratégies vont faciliter ou entraver l’action.
Le DPA ne peut être considéré comme un but final, un résultat mais comme un processus :
- complexe : plusieurs facteurs entrent en jeu à l’intérieur d’un même espace
- dynamique, il est forcément en perpétuel mouvement,
- multidimensionnel car plusieurs dimensions vont interférer.

Le DPA est un processus en constant devenir car il n’a pas de point final.

Aider à la résilience d'un public fragilisé

La notion de résilience en physique (la résistance aux chocs d’un métal) peut être étendue à l’intervention sociale afin de montrer comment on peut permettre à un individu de subir un choc sans être détruit et surtout, de faciliter son aptitude à rebondir en créant les conditions adéquates.

La méthode d’intervention doit encourager la reconstruction de l’estime de soi qui va fournir un véritable motif de fierté à la personne accompagnée, grâce à un encadrement rassurant et un accueil soutenant.
C’est ainsi miser sur les propres forces de l’individu à se reconstruire, par le déploiement de ses propres capacités, sans l’enfermer dans un statut de victime.

Quels sont les facteurs qui vont motiver la résilience de la personne accompagnée ?
- une attitude d’accueil bienveillant en restant patiemment disponible sans exiger en contrepartie la reconnaissance et une collaboration, sans imposer une aide.
- l’expression des événements que la personne a subis en réintégrant à son identité, l’expérience qui en découle comme une force.
- une démarche de reconstruction réalisée par la personne elle-même grâce à l’énergie qu’elle va déployer en restant libre de se « reprendre en main ».

L’intervention sociale aura « simplement » créé les conditions à même de faciliter cette reconstruction.

Le Développement du Pouvoir d’Agir au centre des pratiques professionnelles de l’intervention sociale

Les conditions de la mise en œuvre du DPA demandent :
- une posture professionnelle spécifique
- un cadre organisationnel qui favorise le pouvoir d’agir des intervenants.

Le professionnel doit pouvoir s’émanciper des contraintes liées aux pratiques professionnelles traditionnelles, comme l’exigence d’une « rentabilité » à brève échéance, de critères d’efficacité prédéterminés.
Il est nécessaire que le professionnel module ses rythmes d’intervention et adapte les modalités de son action aux besoins des usagers.
Ce qui implique qu’une grande marge de manœuvre soit accordée aux professionnels, afin qu’ils puissent adopter un positionnement souple en fonction des réponses diversifiées à apporter aux usagers dans leur singularité.
Cela nécessite une implication relationnelle forte du professionnel qui doit conserver cependant une certaine distanciation salutaire.

L’autonomie de l’intervenant social doit lui permettre de moduler ses temps professionnels en fonction des attentes des usagers, jusqu’à la capacité de se fixer les propres limites à son investissement.
Le pouvoir d’agir de l’intervenant ne peut se développer sans la confiance réciproque de la hiérarchie, son soutien au niveau organisationnel, la reconnaissance des compétences validées par la conformité affichée des objectifs professionnels fixés et de leur réalisation.

Voir les thèses de David LALOY, Université de Louvain (Belgique)

L’intervention sociale participative


L’objectif de l’action sociale est le changement social pour un individu ou un groupe d’individus, à partir des problèmes rencontrés.
L’action sociale participative est un cheminement sur le principe d’une recherche-action avec la participation du bénéficiaire.


Au cours de la 1ère étape, le bénéficiaire va identifier les problèmes qu’il rencontre à partir d’un tableau de classification de ses besoins partiellement ou non satisfaits.
Puis, il faut procéder à la classification des difficultés notamment par ordre de priorité en termes de résolution.


Un processus global de résolution doit être enclenché en explorant toutes les manifestations de ce problème.


C’est cette analyse systémique (contexte, causes, éléments …qui engendrent les difficultés) qui va permettre de classer, de prioriser les éléments à prendre en compte afin de déterminer le type d’action à mettre en œuvre.


Avec le bénéficiaire, il s’agira ensuite de définir les différentes étapes du processus de résolution.
Enfin, l’évaluation participative va fixer l’état de la situation à laquelle on est parvenu (tableau) qui va être comparée au tableau initial des besoins.


Voir les expériences de Sébastien KABW MUKANZ – Congo

 Construire la mobilisation d’un quartier

Comment va-t-on actionner la volonté de changement et la mobilisation autour de la conception d’un projet commun ?

Les modes d’emploi du processus de mobilisation, il s’agit de :
- Susciter la participation et l’engagement de tous les acteurs du quartier,
- Consolider la participation afin de l’entretenir dans le temps, sur toutes les étapes,
- Concrétiser la mise en place de dispositifs afin de soutenir la mobilisation,
- Appuyer ces dispositifs, renforcer leur action dans le temps.

Dans un premier temps, l’objectif sera de dresser un état de la situation sur le quartier puis de cerner les problématiques existantes et les enjeux de développement, d’identifier les acteurs et les ressources qui pourront être les leviers de la mobilisation et de la conduite vers le changement.

Il est important de mettre en exergue les potentiels sur le quartier au niveau social, économique, écologique et en termes humain et culturel qui vont permettre une stratégie de changement transversale.

Il faudra aussi évaluer la place qui est donnée localement à la participation des acteurs qui devra conduire à créer de nouveaux espaces et ressources dédiées, repérer les ressources locales afin de les mettre en synergie, renforcer les mécanismes de communication et la conscience communautaire.