On recommande souvent aux professionnels de l’accompagnement
social de garder « la bonne distance » quand ils accompagnent des
personnes vulnérables.
Ce professionnel est un facilitateur, un passeur. Il est un
pont entre la personne et ce qu’elle a vécu. Pour faire de ses expériences,
parfois douloureuses, des compétences expérientielles qu’elle va pouvoir
réinvestir, qui vont lui ouvrir des perspectives qu’elle ne soupçonne même pas.
Accompagner, c’est cheminer ensemble ...
C’est accepter de recevoir la parole de l’autre, de
l’entendre et d’y faire écho, de renvoyer sa parole afin qu’elle s’enrichisse
du sentiment d’être capable d’agir afin de régler ses difficultés.
C’est aussi recueillir les émotions de la personne
accompagnée, les comprendre et leur rendre leur efficacité.
Lors de l’animation d’un atelier, j’ai écouté ce témoignage
d’un professionnel qui expliquait la difficulté à mettre sur la route, une
personne probablement en difficulté compte tenu, entre autres, de sa conduite
addictive. Lors des nombreux entretiens, rien n’y faisait. L’attitude physique
de la personne, repliée sur elle-même, indiquait sa volonté de ne rien dire, de
ne rien partager de son existence.
Et puis, lors d’un entretien, le professionnel avait pris
une grande décision : « laisser venir la personne ».
Elle avait alors raconté sa famille, son parcours et terminé
l’entretien en demandant de fixer un nouveau rendez-vous. Surtout, elle avait
exprimé comment elle se sentait « bien » après cet entretien.
La capacité d’un professionnel, n’est-elle pas plutôt d’être
en mesure d’accueillir les sentiments, les émotions de la personne accompagnée,
de les respecter et d’être capable de nommer ses propres émotions.
« Oui, à bientôt monsieur X, moi-aussi, j’ai
beaucoup apprécié notre entretien aujourd’hui ».