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Nord-Pas-de-Calais, France
Consultante en stratégie, formatrice, je suis membre de la Société Française de l'Evaluation et de l'Association Nationale pour le Travail Social de Groupe. Mon expertise : je transfère les compétences construites pendant 27 ans de direction générale dans le cadre de mes prestations en qualité de consultante. Je suis habilitée pour réaliser des Diagnostics Locaux d'Accompagnement, et auparavant, en qualité d'évaluateur externe par l'ANESM, pour évaluer les activités et la qualité des établissements et services visés à l'article L.312-1 du CASF. (voir les pages consacrées à ces dispositifs). Je suis également répertoriée par des têtes de réseau du secteur médico-social.

La citation du moment

"qu'il croit toujours être le maître, mais que ce soit vous qui le soyez, car il n'est de soumission plus parfaite, que celle qui ne prend l'apparence de la liberté" - Voltaire (Candide)

jeudi 31 mars 2011

Comment favoriser la participation des personnes vulnérables ?*

Le concept d’empowerment est un processus par lequel les personnes développent les conditions leur permettant d’agir sur des dimensions qu’elles jugent importantes dans leur vie (Rappaport 1987).

Une personne fragilisée n’est plus en mesure de croire en sa propre capacité (sentiment de capabilité).
Les intervenants sociaux doivent donc être des facilitateurs de ce processus (aider à la capacitation).

Il demande la conjonction des éléments suivants :
- Une perception de l’interdépendance des éléments, à la fois, contextuels et individuels au regard de la problématique rencontrée, particulière à chaque personne (rappelons que le bénéficiaire ne peut être tenu pour seul responsable de la situation qu’il vit),
- La prise en compte de son point de vue et de son accord sur le changement à opérer,
- L’optimisation des moyens et des conditions à mettre en œuvre pour y parvenir,
- La réalisation du plan d’actions,
- Un bilan des résultats obtenus à la lumière des nouvelles conditions à créer. Ce qui va engendrer :
- L’émergence d’une nouvelle confiance en soi pour le bénéficiaire qui doit l’entraîner de nouveau dans l’action.

*Voir mes précédents articles du blog sur la page dédiée

mardi 29 mars 2011

Le contrat d’autonomie

Mis en place en juillet 2008, ces contrats s’adressent aux jeunes de 16 à 25 ans, peu ou pas qualifiés et en difficulté d’accès à l’emploi, résidant dans des zones couvertes par un contrat urbain de cohésion sociale.

L’Etat vient d’annoncer 7000 contrats d’autonomie supplémentaires avec une enveloppe de 40 millions d’euros. En parallèle, l’Union Nationale des Missions Locales (UNML) dénonce, quant à elle, que cette enveloppe supplémentaire soit allouée à des opérateurs privés lucratifs alors que les crédits des missions locales sont en baisse.

Une étude de la DARES en février 2011 (disponible sur www.travail-emploi-sante.gouv.fr) constate quelques écarts par rapport aux objectifs initiaux fixés :
- Le dispositif a été élargi aux jeunes issus de l’ensemble des quartiers prioritaires de la ville au lieu des seules zones couvertes par un contrat urbain de cohésion sociale.
- Les opérateurs ont centré leur accompagnement sur les jeunes aptes à retrouver rapidement un emploi dont « le projet professionnel était proche de la finalisation » alors que le public visé par les mesures initiales était « en priorité des jeunes peu ou pas qualifiés, non repérés par le SPE, ne bénéficiant pas des dispositifs de droit commun »
- Du coup, l’application de ce dispositif ne comporte plus d’accompagnement global du jeune prenant le temps de régler des problèmes périphériques à l’accès à l’emploi mais essentiels dans ce cadre (logement, santé …).
L’étude de la DARES montre également que l’articulation du contrat d’autonomie avec les autres dispositifs est mieux perçue lorsque l’accompagnement est confié à un organisme du SPE. Il semble alors ajouter encore « du temps pour accompagner ».

Ce qui viendrait conforter la position de l’UNML qui réclame de réaffecter les fonds supplémentaires aux actions menées par les missions locales sur les zones prioritaires.

jeudi 24 mars 2011

La directive européenne sur les services dans les marchés intérieurs n’est pas une fatalité pour les prestataires de services sociaux

Revient aux autorités publiques de chaque Etat membre, la responsabilité d’exclure les services sociaux des contraintes du marché intérieur, en les situant en qualité de services d’intérêt général. Compte tenu de la décentralisation, les collectivités territoriales peuvent également se saisir de cette compétence, afin de protéger les prestataires des services sociaux qui relèvent de leur champ d’attributions.

Il s’agit donc de déterminer :
- La réponse aux besoins du public
- La mission d’intérêt général qui en résulte,
- Les contraintes liées au caractère de service public.
Il faut ensuite créer des outils de contractualisation et de financement des prestataires de service.

Ce qui permet ainsi de renouer avec la tradition de construction partagée et de négociation entre les donneurs d’ordre et les prestataires *.

Cette qualification de services sociaux d’intérêt général permet concrètement d’exclure les opérateurs sociaux des règles de concurrence du marché intérieur (notamment, l’interdiction des aides des collectivités publiques aux prestataires de services sociaux).
Ces prestations peuvent en conséquence être financées par des services de l’Etat ou de collectivités territoriales.
Il est également possible de désigner des opérateurs en fonction de leur caractère de non-lucrativité en instituant des procédures d’agrément, d’habilitation…

Le collectif SSIG s’efforce de sensibiliser les acteurs et les collectivités territoriales, via un site www.ssig-fr.org et un guide pratique sur les services d’intérêt général.

*Voir mon article précédent : "les associations dans la tourmente – de nouveaux enjeux".

lundi 21 mars 2011

La fragilité, comme levier de l’intervention sociale

De nombreuses collectivités territoriales ont la volonté de reconnaître la capacité des personnes défavorisées à être associées à la vie de la cité. Elles se heurtent souvent au refus des personnes elles-mêmes qui ne se sentent pas capables de prendre la parole en public craignant d’être ridicules. Les individus les plus fragilisés ont tendance souvent à se replier sur eux ou à vivre « entre eux » dans un monde « à part ».
Ils ont besoin de reconnaissance. Et, toute politique sociale devrait commencer par les reconnaître dans leur contexte social, culturel, dans leur fragilité.

Pour dépasser cette vulnérabilité, les individus ont besoin non seulement de reconnaissance mais aussi d’être accompagné.
L’intervenant social doit tout à la fois, être conscient de ses propres fragilités et ne pas les projeter sur l’autre afin de conserver la « bonne distance » dans son accompagnement.

Il faut rejeter l’idée que l’individu fragilisé est responsable de sa situation, en l’extrayant de son contexte social, situation qu’en réalité, il n’a pas choisie. Lui permettre et nous permettre d’avoir un regard critique sur les valeurs, les principes reçus,
Métamorphoser cette fragilité en force, qui va engendrer la capacité à agir ensemble. (conception de Hannah ARENDT).
On peut alors « développer le pouvoir d’agir » (DPA).

« Passer par le détour des plus fragiles, c’est aussi gagner en efficacité »

D’après les articles de Fred Poché : « Pauvreté, fragilité sociale et action politique » CERAS Revue projet mai 2004 et ASH « il faut réhabiliter la dimension sociale et politique de la fragilité » février 2011 n° 2698.

jeudi 17 mars 2011

La mesure de l’utilité sociale

On peut l’appeler utilité sociale, valeur ajoutée sociale, plus-value… Les acteurs des organisations de l’économie sociale et solidaire sont convaincus que leur action entraîne, au-delà des services individuels rendus, un bénéfice collectif à la collectivité sur leurs territoires d’intervention.

Mais la difficulté se pose lorsqu’on souhaite évaluer la production d’utilité sociale.
La première question à se poser est de déterminer la motivation à engager une telle évaluation.
Deux objectifs coexistent.
L’un est interne, il permet de revisiter le projet de l’organisation et de clarifier l’efficacité de ses actions voire de repositionner ses interventions.
L’autre est externe, et s’exerce dans un souci de clarification de l’image de son action auprès des institutionnels.
La caractéristique de cette démarche d’évaluation est qu’elle doit être participative et permettre l’appropriation de valeurs partagées par les acteurs concernés au sein de l’organisation.

Il n’existe pas de définition intrinsèque de l’utilité sociale. Déterminer le contenu concret de l’utilité sociale, objet de l’évaluation, constituera le préliminaire à débattre conjointement.

Reste à travailler sur des outils, référentiels, indicateurs ad hoc, c'est-à-dire adaptés à chaque problématique fixée, qui ne soient pas de simples tableaux de bord dont l’intérêt n’est pas vraiment perçu.
Ce qui démontre l’intérêt de se faire accompagner dans ce processus.

En conclusion, l’évaluation de l’utilité sociale permet de construire un autre modèle économique, fondé sur un autre système de valeurs sociales et solidaires et conforte les intervenants sociaux dans leur légitimité à caractériser l’utilité sociale..

lundi 14 mars 2011

Engager le débat sur les orientations de l’ANESM

Laurent Barbe et Jacques Papay * (membres de cabinets habilités par l’ANESM à mener des évaluations externes) s’inquiètent de son évolution vers un rôle de contrôleur général de l’action sociale et médico-sociale.
La production de l’ANESM s’est tout d’abord ralentie fortement en 2010 puisque qu’une seule recommandation a été publiée. L’ANESM semble s’orienter vers une dynamique de contrôle des organismes.
Les auteurs craignent une perspective de bureaucratisation.
En signe, dès janvier 2011, l’agence annonce le recrutement de 3 contrôleurs des organismes habilités ayant une formation juridique, comptable et financière, une expérience acquise dans l’audit d’entités ayant des titres cotés dans les établissements de crédit, dans les entreprises régies par le code des assurances ou au sein du Haut Commissariat aux comptes.
Pas de référence à une quelconque expérience dans le secteur social et médico-social soulignent les auteurs.
Le programme 2011 se révèle également centré sur la question du contrôle. Les recommandations de bonnes pratiques sont présentées comme constituant des quasi-obligations.
La conférence de rentrée a, quant à elle, mis l’accent sur le contrôle des organismes évaluateurs et l‘objectif d’uniformisation des rapports d’évaluation externe.
Cette position met en porte à faux les différents interlocuteurs : les évaluateurs, choisis et rémunérée par les établissements, ces derniers qui perdent un peu plus de leur autonomie et les financeurs de l’action sociale et médico-sociale qui disposent d’éléments propres pour asseoir leur évaluation des établissements.
Les auteurs terminent en précisant qu’il est indispensable que le débat s’engage.

En réponse, Didier Charlanne*, directeur de l’ANESM indique que le contrôle a posteriori des organismes habilités à pratiquer l’évaluation externe est une des conséquences de la mission d’habilitation confiée à l’ANESM. Ce contrôle doit être rigoureux en gage de transparence. Il rappelle que l’ANESM n’est pas destinataire des rapports d’évaluation mais des rapports d’activité des organismes habilités à pratiquer l’évaluation externe.
« Ne faisons pas croire aux ESSMS que le contrôle des prestataires de service sur le marché de l’évaluation externe remettrait en cause le fondement de l’évaluation alors même qu’il en renforce la crédibilité !» dit-il.

*Article ASH – 11 février 2011 – p 35 et 36
* Article ASH – 25 février 2011 – p 26 et 27

mardi 1 mars 2011

Développer le pouvoir d’agir (DPA) des intervenants sociaux et des bénéficiaires

Il s’agit d’« un processus, d’un mécanisme par lequel les personnes, les organisations et les collectivités développent un contrôle sur ce qui est important pour elles. Par conséquent, ce processus prendra différentes formes selon les personnes, les organisations ou les contextes » (Rappaport 1987).

Ce mécanisme s’appuie sur 4 points qui le structurent : le développement d’habiletés, l’augmentation du sentiment d’efficacité personnelle, le développement d’une conscience critique et la valorisation d’une expérience construite dans une démarche d’action collective.

L’approche par le DPA est fondée sur 5 règles :
- Tout d’abord, il faut appréhender simultanément les dimensions personnelles et structurelles en n’opposant plus revendication des droits et satisfaction des besoins.
- Il est nécessaire de mettre en avant les connaissances expérientielles des personnes et des intervenants afin d’analyser la situation et de déterminer le plan d’action.
- La relation d’accompagnement doit être basée sur la collaboration entre l’intervenant et le bénéficiaire.
- Ensuite, la conscience critique des personnes accompagnées et des intervenants permettra une meilleure approche des obstacles et de la façon de les surmonter.
- La démarche centrée sur le DPA nécessite un nouvel angle de vue qui impose de tenir compte des contextes dans lesquels se déroulent les interventions.

Ce processus exige de donner aux intervenants un temps et un espace où analyser leurs pratiques professionnelles en s’affranchissant des injonctions paradoxales qui sont les leurs (réduction des financements, charge de travail plus importante, contrôle des institutions publiques…). Il suppose de travailler à des outils d’analyse pour accompagner le développement de ce savoir expérientiel (formations initiales, supervision).

*d’après Manon Chamberland, Yann Le Bossé, Annie Cayouette, Suzie Martineau – Université Laval Québec