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Nord-Pas-de-Calais, France
Consultante en stratégie, formatrice, je suis membre de la Société Française de l'Evaluation et de l'Association Nationale pour le Travail Social de Groupe. Mon expertise : je transfère les compétences construites pendant 27 ans de direction générale dans le cadre de mes prestations en qualité de consultante. Je suis habilitée pour réaliser des Diagnostics Locaux d'Accompagnement, et auparavant, en qualité d'évaluateur externe par l'ANESM, pour évaluer les activités et la qualité des établissements et services visés à l'article L.312-1 du CASF. (voir les pages consacrées à ces dispositifs). Je suis également répertoriée par des têtes de réseau du secteur médico-social.

La citation du moment

"qu'il croit toujours être le maître, mais que ce soit vous qui le soyez, car il n'est de soumission plus parfaite, que celle qui ne prend l'apparence de la liberté" - Voltaire (Candide)

dimanche 10 février 2013

Evaluation numérique ou évaluation participative et globale ?


J’ai lu avec intérêt la rubrique « vos idées » des ASH* et les propos indignés de Patrick CHAILONICK, chef de service éducatif dans un I.M.E., sur « l’évaluation numérique » de l’accompagnement des professionnels.
On souscrit à son indignation lorsque des « évaluateurs zélés avaient substitué une injonction plus pressante qui revenait dans leurs propos » indique l’auteur de la chronique : « Donnez-nous des grilles d’évaluation ».
On comprend que cette expérience ait été mal vécue par les professionnels de l’établissement comme une remise en cause de leurs compétences face à leur incapacité supposée à fournir des références chiffrées de leur activité.

Il s’agit d’une confusion entretenue au sujet des évaluateurs et de leurs évaluations.
Il est vrai que la loi du 2 janvier 2002 a mis en place l’évaluation interne et externe « des activités et de la qualité des prestations délivrées par les établissements sociaux et médico-sociaux ».
De là, à faire un raccourci et calquer une démarche qualité sur la posture d’évaluation, il n’y a qu’un pas mais en réalité, un fossé.

En effet, comme je l’écris dans toutes mes propositions d’évaluation externe, celle-ci n’est pas un contrôle de conformité, une démarche qualité. « Les démarches qualités représentent un apprentissage évaluatif utile mais lacunaire » écrit Pierre SAVIGNAT. Elles portent sur les processus d’organisation, de fonctionnement, de management.
L’évaluation externe se distingue aussi de l’audit, de la certification, de l’expertise... Elle ne peut être menée à partir d’un référentiel extérieur même adapté.
L’évaluation externe n’est pas non plus une évaluation extérieure, même si elle permet d’apporter « un regard nouveau » sur l’institution car, elle se situe au plus près des pratiques quotidiennes de l’établissement.
L’évaluation externe ne va pas uniquement apprécier des écarts et mesurer des résultats à des normes établies. Elle s’oppose en cela aux logiques normatives et prescriptives.
Il ne peut pas plus exister de « méthode prête à l’emploi », d’outils standardisés, de catalogue d’items à balayer.
Les logiciels automatisés rendent compte d’une vison formaliste avec une logique normative, à travers la cotation comme outil structurant qui se bornent à vérifier l’effectivité et la conformité.

Le référentiel ou « cadre de référence spécifique de l’évaluation » comme le nomme le décret du 15 mai 2007 ne peut être un outil standart.
Il est construit collectivement, adapté à chaque projet particulier, permettant d’afficher la réalité complexe de l’établissement évalué.
Le référentiel :
- Est une construction particulière dont les références et les critères seront discutés en amont du processus évaluatif en fonction des éléments propres à l’évaluation de l’établissement.
- combine les différentes références mobilisées propres à l’établissement concerné.
- regroupe des références externes et internes, formalisées par un écrit et exprimées à travers le processus de questionnement.
- est évolutif et peut être réajusté.

L’évaluation, quant à elle, va amener à porter une appréciation globale qui va nécessiter la mobilisation d’autres méthodes.
Le rôle et la place de l’institution et de toutes ses parties prenantes, dans le processus évaluatif est primordial.
Pour Eric. MONNIER, l’évaluation [ quelle que soit sa forme ] « porte sur des actions, des terrains et des variables choisis par les acteurs sociaux (et non par l’analyste), à partir de leurs hypothèses opérationnelles (leur théorie de l’action) ».
Elle va aussi mobiliser des données qualitatives (points de vue des acteurs, professionnels et usagers).
Il s’agit également d’une approche dynamique, et qui vise à favoriser les apprentissages et l’appropriation par les parties prenantes.
L’évaluateur, n’est pas un expert. Il se situera dans un rôle d’aide, d’apport méthodologique, de transfert de compétences. Les experts de la relation interpersonnelle avec les bénéficiaires, matière principale de l’évaluation, ce sont les professionnels.

La démarche d’évaluation externe se doit donc d’être :
-         Participative, associant toutes les parties prenantes. La relation interactive entre les professionnels et les bénéficiaires est essentielle. La démarche ira au-delà d’un simple recueil d’avis et de points de vue pour les mobiliser sur l’ensemble du processus évaluatif.
-         Intégrée, et spécifique, adaptée aux prestations fournies dans le contexte de la structure.
-         Globale et systémique, situant l’action dans le contexte et l’environnement institutionnel de l’établissement.

Il s’agit encore d’adapter les démarches d’évaluation en valorisant la place des acteurs professionnels dans leurs pratiques quotidiennes autour de la relation personnalisée, singulière qu’ils établissent avec les bénéficiaires.
La place centrale de l’usager ou bénéficiaire fonde le processus d’évaluation.
Non pas comme un usager-client capable de définir ses besoins et de résoudre ses problèmes, en consommateur averti, posture intimée comme une obligation procédurale.
Mais en reconnaissant ses compétences, ses capabilités, en prenant en compte ses connaissances expérientielles et en développant sa capacité à agir, à faire ses propres choix.
Cette posture est un long chemin, balisé d’étapes, semé d’embûches, de ruptures de parcours, d’échecs autorisés puisque l’essai pourra être transformé... Le professionnel-collaborateur va cheminer avec le bénéficiaire. Ce chemin, ces étapes, les professionnels peuvent en rendre compte, les comptabiliser et ainsi satisfaire aux pressions des évaluateurs fétichistes du numérique.

* ASH 1er février 2013 p 36

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